"Des centrales nucléaires qui se déplacent" : vitesse de propagation, surface brûlée… Peut-on parler de "mégafeux" en Gironde ?

L'incendie qui ravage le bassin d'Arcachon et ses environs a déjà parcouru 42 000 hectares dimanche et contraint 220 000 personnes à évacuer.



Un incendie que les pompiers décrivent comme "hors norme". Il avait, dimanche 26 juillet, parcouru 42 000 hectares, détruit 140 maisons et provoqué l'évacuation de 220 000 personnes. La Gironde est confrontée depuis mercredi à des feux d'une intensité rarement observée. Au point que le terme de "mégafeu" semble s'imposer dans les médias. Pourtant, cette notion ne désigne pas uniquement un incendie de grande ampleur. D'où vient cette appellation ? Quels sont les critères permettant de parler d'un mégafeu ? Et l'incendie qui frappe actuellement la Gironde en présente-t-il les caractéristiques ? Franceinfo fait le point en cinq questions.


1 Qu'est-ce qu'un mégafeu ?


Il n'existe pas de définition scientifique universelle du mégafeu. Plus qu'un simple incendie de grande ampleur, il s'agit d'un feu "hors de contrôle", qui se caractérise par son intensité, sa vitesse de propagation et sa puissance. "Un feu qui dépasse l'entendement, en termes de superficie, d'énergie et de vitesse de propagation", résumait en 2022 Grégory Allione, alors président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Devant le Sénat(Nouvelle fenêtre), il comparait même ces incendies à "des centrales nucléaires qui se déplacent", tant l'énergie qu'ils dégagent est considérable.


Le terme "mégafeu" est apparu au début des années 2010 aux Etats-Unis, où il a été employé par le Service des forêts américain pour désigner des incendies d'une ampleur exceptionnelle. En France, c'est l'ouvrage de la philosophe Joëlle Zask, Quand la forêt brûle (2019), qui a popularisé cette appellation. Si aucune définition scientifique ne fait aujourd'hui consensus, les spécialistes s'accordent sur plusieurs caractéristiques : dans un rapport publié en 2022(Nouvelle fenêtre), le Sénat souligne qu'ils se définissent avant tout par le fait qu'ils "conduisent à l'effondrement du système de lutte et qu'ils produisent des impacts profonds et durables sur la société, l'économie et l'environnement".


2 Peut-on déjà parler d'un mégafeu en Gironde ?


Il n'y a pas de seuil officiel à partir duquel un incendie devient un mégafeu. En revanche, les spécialistes s'accordent sur plusieurs critères permettant de caractériser ces incendies hors norme. Or, plusieurs d'entre eux semblent aujourd'hui réunis en Gironde. L'incendie, qui avait ravagé samedi soir, selon la préfète du département, Sophie Brocas, 42 000 hectares, est qualifié de "hors norme" par les pompiers. Le directeur départemental du Sdis de Gironde estime que les conditions sont même "pires qu'en 2022", année où près de 30 000 hectares étaient partis en fumée.


Bruno Lafon, président de l'association de Défense des forêts contre les incendies (DFCI) en Aquitaine(Nouvelle fenêtre), évoque de son côté "un feu devenu un monstre", capable de "créer son propre vent". Sophie Brocas, préfète de la Gironde, parlait, vendredi, d'un feu "XXL, imprévisible et vorace". Ce n'est pas la première fois que cette qualification est employée en France. En 2022, lors des incendies de Landiras (Gironde), le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, Eric Brocardi, avait fini par parler de "mégafeu" après avoir constaté une progression de plus de 10 terrains de football par minute.


3 Pourquoi ces incendies sont-ils si difficiles à maîtriser ?


Lorsqu'un incendie atteint une telle intensité, il finit par transformer son propre environnement. Les pompiers parlent d'un feu qui s'auto-alimente. La chaleur dégagée génère de puissants mouvements d'air qui attisent les flammes et accélèrent leur propagation. Des braises, des écorces enflammées ou encore des pommes de pin sont ensuite transportées parfois sur plusieurs centaines de mètres, provoquant de nouveaux départs de feu bien en avant du front principal. Les spécialistes appellent ce phénomène les "sautes de feu".


Le Muséum national d'histoire naturelle(Nouvelle fenêtre) résumait en 2024 ce mécanisme par une formule : "Le feu nourrit le feu." En créant ses propres vents et en projetant des braises toujours plus loin, le mégafeu alimente lui-même sa progression. C'est ce qui le rend particulièrement difficile à contenir. Dans certains cas, seules une pluie importante, une baisse durable des températures ou l'absence de combustible permettent finalement de l'arrêter.


4 Quel rôle joue le changement climatique dans ces mégafeux ?


Si les incendies sont souvent d'origine humaine, leur ampleur croissante est favorisée par le réchauffement climatique. Même si certains scientifiques restent prudents, le phénomène, causé par les activités humaines, accentue les conditions propices à ces feux extrêmes : canicules plus fréquentes, sécheresses prolongées et végétation de plus en plus sèche, ce qui rend les forêts particulièrement inflammables.


Le climatologue et ancien vice-président du Giec Jean Jouzel rappelait chez TV5 Monde(Nouvelle fenêtre), en 2022, que des températures élevées, une faible humidité de l'air et des vents soutenus constituent des conditions idéales pour la propagation des incendies. Selon le ministère de la Transition écologique, dans l'Hexagone neuf incendies sur dix sont provoqués par l'activité humaine, qu'il s'agisse d'imprudences ou d'actes volontaires. Le réchauffement climatique agit donc comme un multiplicateur de risque. Cette tendance devrait s'intensifier dans les prochaines décennies. Selon un rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE)(Nouvelle fenêtre) publié en 2022, le nombre de mégafeux pourrait augmenter de 9 à 14% d'ici à 2030, de 20 à 33% d'ici à 2050 et de 31 à 52% d'ici à 2100.


5 Pourquoi les mégafeux ne frappent-ils plus seulement les Etats-Unis ?


Longtemps associés aux immenses incendies qui ravagent régulièrement la Californie ou l'Australie, les mégafeux sont désormais observés sur plusieurs continents. L'Europe est de plus en plus touchée. Ces dernières années, la Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Italie, mais aussi la France ont connu des incendies d'une ampleur inédite.


Ces incendies extrêmes représentent une faible proportion des départs de feu, mais concentrent l'essentiel des dégâts. Ils sont responsables de plus de 50% des surfaces brûlées dans le monde et libèrent d'importantes quantités de gaz à effet de serre, qui alimentent à leur tour le réchauffement climatique. Un cercle vicieux qui préoccupe de plus en plus les spécialistes.

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