Les rebelles du Yémen ont annoncé, lundi, un blocus maritime de l'Arabie saoudite en mer Rouge, avant de viser deux pétroliers saoudiens mercredi.
Vers une extension de la guerre au Moyen-Orient ? Les rebelles houthis du Yémen, alliés de l'Iran, ont revendiqué, mercredi 22 juillet, des attaques contre "deux pétroliers saoudiens" en mer Rouge, deux jours après avoir annoncé un blocus maritime de l'Arabie saoudite. Dans un communiqué sur Telegram, le groupe pro-iranien a revendiqué "une opération militaire qualitative, ciblant deux pétroliers saoudiens ayant violé le blocus" imposé lundi.
Sur fond de blocages du détroit d'Ormuz, ces opérations des rebelles houthis en mer Rouge font redouter une escalade dans la région, à l'heure d'une vive reprise des hostilités entre Washington et Téhéran. Un engrenage aux conséquences économiques redoutées, l'Arabie saoudite étant le premier exportateur de pétrole brut au monde. "Nous observons, ces derniers jours, un regain de l'activité des houthis", confirme auprès de franceinfo Sylvain Gaillaud, spécialiste des relations entre les Etats-Unis et l'Iran et chercheur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. "Il y a une volonté, de la part des houthis ou de la part des Iraniens d'ouvrir ce second front."
Téhéran est-il derrière ces récentes annonces des houthis, entre le blocus et les frappes revendiquées mercredi ? Des révélations de l'agence de presse Reuters(Nouvelle fenêtre), jeudi, suggèrent que le soutien iranien aux rebelles semble s'accélérer.
Des équipements récemment envoyés au Yémen
Selon l'agence de presse, les autorités iraniennes ont envoyé plusieurs commandants des Gardiens de la Révolution, ainsi que des conseillers militaires au Yémen, le 13 juillet, en parallèle d'équipements destinés à des missiles et drones. Deux sources iraniennes, un analyste et le ministre de l'information du gouvernement yéménite – soutenu par l'Arabie saoudite – confirment ces informations auprès de Reuters. Des révélations que les houthis, de leur côté, contestent.
D'après ces sources, entre 10 et 21 membres des Gardiens de la Révolution se sont rendus au Yémen le 13 juillet. Leur déplacement avait pour objectif de former des rebelles houthis sur certains missiles, et de les accompagner dans plusieurs de leurs actions, a précisé l'une des sources à Reuters. "Leur mission consiste à renforcer les capacités militaires des milices et à les préparer à menacer la sécurité maritime internationale en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb", accuse Moammar al-Iryani, ministre de l'information du gouvernement yéménite.
Des informations également évoquées par le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, lors d'une conférence de presse(Nouvelle fenêtre) mercredi. Les Iraniens, a-t-il assuré, "ont décidé d'organiser des vols directs de Téhéran au Yémen, qui transportent des éléments des Gardiens de la Révolution". "Je suppose que c'est un soutien qui permettra aux houthis de soutenir un blocus [maritime] dans la durée", expose Sylvain Gaillaud.
Une analyse également partagée par l'Institute for the Study of War (ISW)(Nouvelle fenêtre), qui suit au quotidien l'évolution des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. "Les houthis poursuivent leur propre agenda, mais ils demeurent un partenaire clé de l'Iran" dans la région, souligne l'institut américain. A ses yeux, Téhéran "continue de soutenir les houthis et leurs efforts pour perturber le trafic maritime en mer Rouge et autour".
Elargir la guerre à la mer Rouge, en parallèle du détroit d'Ormuz, "sert les efforts iraniens visant à affaiblir la volonté et la capacité des Etats-Unis à poursuivre les frappes contre l'Iran", poursuit l'ISW. Une façon, pour Téhéran, de "contraindre les Etats-Unis à accepter le contrôle iranien sur le détroit d'Ormuz." Avec la mer Rouge, l'Iran dispose en effet d'un puissant moyen de pression contre Washington. La voie maritime accueille 12 à 15% du commerce maritime mondial chaque année, selon le centre de recherche Council on Foreign Relations(Nouvelle fenêtre).
Des incitations iraniennes au blocus ?
Auprès des houthis, l'intervention iranienne ne s'est pas limitée à l'envoi de commandants et d'équipements le 13 juillet. Trois jours plus tard selon Reuters(Nouvelle fenêtre), l'Iran a appelé les rebelles à préparer des blocages de la voie maritime de la mer Rouge, en cas de frappes contre des sites énergétiques iraniens. Trois sources, dont deux iraniennes, ont confirmé ces informations. Le blocus maritime de l'Arabie saoudite a suivi lundi, quatre jours après ces annonces.
Les houthis assurent que cette mesure répond au blocus imposé par l'Arabie saoudite aux "ports et aéroports" des rebelles, ainsi qu'à une attaque contre l'aéroport de Sanaa, qu'ils contrôlent. Le 13 juillet, le groupe pro-iranien avait tiré des missiles et drones contre l'aéroport international d'Abha dans le Sud saoudien, en riposte à cette attaque du gouvernement yéménite contre l'aéroport de Sanaa. Celle-ci visait à empêcher l'atterrissage d'un avion iranien transportant une délégation rebelle, de retour de Téhéran après les funérailles d’Ali Khamenei.
L'Iran a-t-il joué un rôle dans ce blocus annoncé par les houthis ? "Ce qui est sûr, c'est qu'il est inconcevable que l'Iran désapprouve cette annonce", répond Sylvain Gaillaud. "Cela sert la stratégie iranienne, car cela renchérit le coût de la fermeture du détroit d'Ormuz." Un constat soutenu par Andreas Krieg, maître de conférences en études de sécurité au King's College de Londres, auprès de l'AFP. A ses yeux, Téhéran peut demander aux houthis de "préparer le front de Bab el-Mandeb". Le détroit, à l'extrémité sud de la mer Rouge, est un couloir maritime particulièrement fréquenté entre l'Asie et l'Europe.
Les houthis n'en sont pas à leur première tentative de blocus. Lors de la guerre dans la bande de Gaza, les rebelles avaient mené des attaques en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, en soutien aux Palestiniens.
Jeudi, le trafic se maintenait le long de cette voie maritime, malgré les menaces et les frappes des houthis. Pour combien de temps ? Vendredi, le groupe pro-iranien a assuré que le blocus visant l'Arabie saoudite n'impliquerait "pas de fermeture de Bab el-Mandeb, comme certains le suggèrent". La perspective d'entraves à la circulation, en mer Rouge, serait "une très mauvaise nouvelle", prévient Sylvain Gaillaud. Pour l'économie, mais également pour les Etats-Unis en guerre contre Téhéran, à l'approche des élections de mi-mandat outre-Atlantique.

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