« Vous ne savez pas qui est mon mari ! » : au restaurant, la cliente monte sur ses grands chevaux… puis tombe de haut

Parmi les centaines de convives qu’elle a servis au fil de ses emplois saisonniers dans une ferme-auberge, Sylvie n’a jamais oublié cette cliente très particulière. Notre lectrice nous raconte cette scène qui avait amusé tout le restaurant, dans le cadre de notre série sur les jobs d’été les plus marquants.



Quels sont vos souvenirs les plus marquants de vos « jobs d’été » ? Sylvie E. (Côtes-d’Armor) a répondu à notre appel à témoignages, dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs ». Voici son récit…


« J’ai commencé mes jobs d’été il y a une quarantaine d’années au camping ferme-auberge Saint-Maurice, dans une petite commune des Côtes-d’Armor. Les journées étaient bien remplies : nettoyage des sanitaires du camping, épluchage des légumes pour la potée (repas signature de la maison), préparation des desserts, dressage des tables, prise des réservations, service à table, vaisselle…


Une anecdote nous a fait rire pendant des mois. Un midi, un couple et un enfant se présentent alors qu’ils n’ont pas réservé. La dame me fait savoir qu’elle a réservé, mais je ne trouve pas son nom sur le cahier. Je lui présente des excuses car la salle est complète. Elle hausse le ton, pas contente et me lance : « Vous ne savez pas qui est mon mari, allez chercher votre patronne ».


« Je lui fais remarquer que nous avons une “perle” »


Je me rends à la cuisine, où Françoise est bien affairée. Je lui explique la situation et le ton employé par la dame. Nous avons une bonne complicité toutes les deux et cernons les clients de la même manière. Tous les jours, nous nous amusons des comportements des gens et établissons même un palmarès. Je lui fais remarquer que nous avons une « perle ».


Françoise, tout sourire, entre dans la salle avec son tablier bien blanc et réorganise les tables afin de placer les personnes au bout d’une longue tablée. La dame refuse, sous prétexte que son mari fréquente des endroits bien plus sophistiqués qu’ici et qu’une table ronde (de surcroît) convient davantage à leur petite famille. Françoise, avec un clin d’œil complice, me fait alors réaménager rapidement la pièce tandis que d’autres personnes arrivent.


« Elle fait tourner le verre à pied dans la lumière »


La famille est enfin installée à table. Je présente la carte des boissons et annonce le repas du jour (qui est, comme d’habitude, la potée, mais nous devons l’annoncer comme un événement exceptionnel chaque jour). La salle se remplit et je suis seule à servir la trentaine de personnes présentes. Pas question d’avoir les deux pieds dans le même sabot, mais je sais faire.


C’est alors que « madame », comme nous avons surnommé la dame, m’interpelle. En tenant le verre à pied du bout des doigts et en le faisant tourner dans un rayon de lumière, elle me montre qu’il est sale. Je m’empresse de déplier un torchon bien propre pour l’essuyer avec insistance devant elle, sans oublier les verres du monsieur et du garçon. Elle annonce qu’ils ne prendront rien à boire. La carafe d’eau est déjà sur la table. Ils commandent la potée après avoir demandé l’énoncé des ingrédients et leurs provenances dans les moindres détails.


« Gêné, le “chauffeur” règle l’addition »


En fin de service, Françoise fait le tour des tables pour discuter avec les convives. Elle ne manque pas de s’attarder à la table de « madame » et de son mari mystérieux qu’il nous tarde de connaître. La dame « brode » sur leur vie, leurs fréquentations.


Je suis bien occupée, Françoise me sait débordée, mais la dame entretient le suspense sur son mari. Agacée, Françoise me fait venir à la table et demande à la dame : « Vous avez dit à ma fille – en effet, elle m’appelle souvent « ma fille », alors qu’elle a sa famille – qu’on ne savait pas qui était votre mari, alors nous sommes impatientes de le découvrir ! ».


Madame semble stupéfaite par cette demande. Alors que le monsieur lui demande de rester discrète, elle lance en se levant : « Mon mari est le chauffeur du président de la République ! », tellement fière. Le monsieur est tellement gêné. Françoise rétorque avec un aplomb et un large sourire : « Eh bien moi, je suis la nièce de la reine d’Angleterre », suffisamment fort pour que tout le monde entende. Bien sûr, des éclats de rire étouffés se font entendre dans la salle. La femme, complètement vexée, tourne les talons et sort rapidement.


Le « chauffeur » règle l’addition, assez gêné par le comportement de son épouse. Il me glisse discrètement dans la main un billet de 50 francs. Je suis assez fière d’un tel pourboire. Françoise me fait remarquer que je l’ai bien mérité.


Je remercie encore Françoise et Roland pour tous les bons moments passés ensemble durant ces saisons et surtout de m’avoir déclarée dès mes 16 ans au poste de « femme toutes mains ». J’ai appris dès cette époque que l’humour et la patience nous permettent de surmonter tellement de situations difficiles. »

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