En Italie, un homme construit lui-même un « amphithéâtre grec antique » et trompe de nombreux touristes

Condamné à 28 mois de prison, Franco Malosso a passé plus de deux ans à organiser des visites guidées d'un site qu'il avait entièrement fabriqué de toutes pièces.



Sur une colline boisée de Vénétie, près de Vicence, dans le nord de l'Italie, un étrange vestige antique a attiré pendant plusieurs années de nombreux visiteurs enthousiastes. « Un lieu fascinant », peut-on lire dans un commentaire publié sur TripAdvisor. « Sans aucun doute l'un des plus beaux endroits que j'aie visités », affirme un autre internaute. « Unique au monde », estime un troisième. Des gradins en pierre, des colonnes et des statues remarquablement bien conservées, ainsi qu'un petit bassin installé au centre de la scène : tous ces éléments donnaient l'impression d'une découverte archéologique exceptionnelle.

Selon son propriétaire, Franco Malosso, il s'agissait d'un ancien « amphithéâtre grec », autrefois fréquenté par Jules César et Cléopâtre, situé non loin de la maison où Juliette Capulet, personnage fictif de William Shakespeare, aurait grandi. En réalité, cet homme d'une soixantaine d'années avait tout inventé avant d'ouvrir le site au public en 2014. Il affirmait avoir découvert les vestiges en 2005, après un glissement de terrain, sur une propriété de 5.000 mètres carrés située à Arcugnano, un village à trois kilomètres au sud de Vicence.

Pendant plus de deux ans, touristes et visiteurs ont payé pour admirer ce prétendu monument antique. Les tarifs variaient selon les publics : 12 euros pour les personnes ne résidant pas dans la région, tandis que les habitants locaux devaient s'acquitter d'un droit d'entrée de 40 euros, rapporte CNN. Des visites privées étaient également proposées au prix de 600 euros pour 45 minutes. Ces sommes étaient présentées comme une « contribution minimale à l'entretien du site ».

Des incohérences historiques et des récits extravagants

Pourtant, le site n'avait absolument rien d'antique. Selon les éléments présentés devant la justice, Franco Malosso avait simplement obtenu l'autorisation de construire un garage sur la colline. Il avait cependant engagé une entreprise de construction pour édifier... un théâtre. Au pied des gradins de pierre artificiellement vieillis, l'Italien avait fait installer des colonnes en ciment ainsi que des statues en plâtre. Au centre de l'ensemble, là où aurait dû se trouver la scène, il avait également fait creuser un petit bassin, esthétique mais totalement incohérent sur le plan historique.

Franco Malosso, également connu sous le nom de Franz Von Rosenfranz, avait donné plusieurs appellations à son ouvrage : « Anfiteatro Berico », « Anfiteatro Marittimo Berico » et « Anfiteatro Porta degli Angeli ». Il aurait également organisé sur place des concerts, des spectacles et des conférences, comme en témoignait le site internet de ce prétendu monument antique.

Les spécialistes interrogés par CNN ont toutefois relevé de nombreuses incohérences. La construction n'est pas un amphithéâtre circulaire ou ovale, comme cela devrait normalement être le cas, mais présente une forme en éventail. Plus important encore, l'existence d'un amphithéâtre grec tel qu'il était présenté dans le nord de l'Italie aurait dû susciter des interrogations, les Grecs de l'Antiquité n'ayant jamais occupé de territoires aussi septentrionaux que la région de Vicence.

Pour attirer le public, l'Italien, qui se présentait comme le représentant légal de la société propriétaire du terrain, enregistrée dans les îles Vierges britanniques, avait inventé une histoire particulièrement riche autour de son théâtre. Il assurait aux visiteurs que Jules César et Cléopâtre avaient fréquenté les lieux et que Juliette Capulet, personnage fictif de William Shakespeare, avait grandi dans une maison voisine.

Franco Malosso était même parvenu à convaincre les autorités locales, au point que l'« Anfiteatro Berico » avait été intégré à un guide touristique financé par l'Union européenne.



« On voit immédiatement qu'il s'agit d'une supercherie »

La fraude a finalement été découverte par les forces de l'ordre en octobre 2016. Une inspection a été menée par le conseil local du patrimoine ainsi que par des membres du Nucleo Tutela Patrimonio Artistico, l'unité des Carabiniers chargée de la protection du patrimoine artistique et spécialisée dans la lutte contre le trafic, le vol et la falsification d'œuvres d'art.

Le lieutenant-colonel Giuseppe Marseglia, commandant du centre de protection technique de Monza, a expliqué à CNN que l'inspection avait été bouclée en une seule journée, tant la supercherie était évidente. Selon lui, en 25 ans de carrière, il n'avait jamais vu ni entendu parler d'un site archéologique entièrement fabriqué de toutes pièces, qualifiant le projet de « véritablement condamnable ».

L'archéologue Darius Arya, directeur de la plateforme Ancient Rome Live, également interrogé par le média américain, a affirmé qu'« il était évident qu'il s'agissait d'une supercherie », soulignant que « les colonnes sont clairement modernes ». Il a également pointé du doigt le bassin installé au centre du théâtre. « Il n'y avait absolument pas de spectacles maritimes », a-t-il observé. Quant à la prétendue découverte provoquée par un glissement de terrain, elle ne correspondait pas à la réalité d'une véritable fouille archéologique.

28 mois de prison et 3.000 euros d'amende

Mauro Puddu, archéologue spécialiste du monde romain et chercheur à l'université de Sienne, a lui aussi expliqué à CNN que le récit de Franco Malosso était impossible. Même dans le cadre d'une fouille professionnelle, dégager entièrement une structure de cette taille aurait nécessité énormément de temps. Selon lui, dans les meilleures conditions, seule une rangée de gradins aurait pu être mise au jour en une année de fouilles méticuleuses.

Par ailleurs, le site étant situé dans la région des collines Berici, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, aucune excavation n'aurait pu être réalisée sans autorisation.

Franco Malosso a été condamné en 2019 et a fait appel, mais son recours a été rejeté en 2020. Il a ensuite saisi la Cour suprême italienne, qui a également rejeté sa demande et confirmé la condamnation.

Parmi ses arguments, l'Italien soutenait que son site était si grossièrement réalisé que personne n'aurait raisonnablement pu croire à son authenticité. Il continue pourtant de défendre l'authenticité du théâtre sur son site internet, désormais transformé en blog, où il affirme lutter contre une « mafia institutionnelle » et demande à ses lecteurs de lui verser cinq millions d'euros, en publiant notamment ses coordonnées bancaires, afin de rouvrir l'amphithéâtre Berico.

Il a été condamné à 28 mois de prison, à une amende de 3.000 euros et au paiement de 3.500 euros de frais de justice. Le site d'Arcugnano a depuis été placé sous scellés et Franco Malosso a reçu l'ordre de démolir son théâtre. Mais avant de pouvoir procéder à sa destruction, de véritables fouilles archéologiques doivent d'abord être menées.

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