Comment prévenir au mieux les incendies ? Le village de Montalba-le-Château a été épargné par le gros feu de Trévillach, début juillet, notamment grâce à des pâturages et des arbres bien entretenus. Ces ceintures vertes sont précieuses pour freiner les flammes, même si les agriculteurs se heurtent à certaines difficultés.
Début juillet, le village de Montalba-le-Château, dans les Pyrénées-Orientales, a échappé presque miraculeusement au gigantesque incendie de Trévillach, qui a ravagé 5 000 hectares.
En arrivant par la route, on le constate : tout est brûlé à perte de vue, sauf le village de Montalba, entouré de verdure. Les flammes ont été stoppées au sud par des pâturages, au nord par des arbres bien entretenus, ceux de l'agriculteur Pierre Aris. "Il y a des amandiers, et là-bas, ce qui a le plus reçu, ce sont les oliviers, décrit-il. Là, vous voyez, c'est propre, ça s'arrête. L'autre parcelle, là-haut, était sale et elle a brûlé".
Le village a été préservé grâce à cette ceinture cultivée. Un autre facteur a joué : le débroussaillement des maisons isolées de Montalba, une obligation respectée par quasiment tous les habitants grâce à l'intervention de l'Office national des forêts (ONF). Marie Martinez, la maire du village, travaille avec l'ONF depuis trois ans. "Pendant deux ans et demi, l'ONF est venu plusieurs fois voir les propriétaires, leur dire ce qu'il fallait faire, les arbres qu'ils avaient à couper, raconte-t-elle. Et en mai, ils sont passés mais pour des contrôles et des verbalisations cette fois-ci."
Entretenir l'ensemble des terrains est un travail de longue haleine et Marie Martinez pense déjà à l'avenir. "J'ai un éleveur qui va partir bientôt à la retraite, poursuit l'élue. La bergerie est communale, donc j'espère bien trouver un éleveur pour le remplacer afin d'entretenir toutes les parcelles nécessaires."
Sur le modèle de Montalba, la préfecture lance un appel à candidature de communes afin d'expérimenter des ceintures vertes basées notamment sur l'agriculture. Plus facile à dire qu'à faire, selon Pierre Aris. "Notre préfecture nous fait de belles réunions en disant 'on va installer des agriculteurs, on va faire des coupe-feu', et blablabla, il ne se fait jamais rien, déplore-t-il. Avant il y avait 500 hectares [de cultures], aujourd'hui il en reste 30. Le jour où nous, on arrête, le feu arrive au village". Les agriculteurs ne vont pas tomber du ciel, ajoute-t-il.
Des hectares de "coupures de feu"
Cette réflexion sur le rôle des agriculteurs existe depuis une cinquantaine d'années dans les Pyrénées-Orientales, et il existe même des contrats spécifiques pour débroussailler. Ils concernent uniquement les éleveurs. Direction le massif des Aspres, à Saint-Marsal. Fabrice Llabour élève des vaches et 300 brebis, qui entretiennent une quinzaine d'hectares dits de "coupures de feu". "Elles étaient sur les coupures en train de manger. Elles ont tout nettoyé, donc il faut les changer de territoire", explique-t-il.
Quand il n'y a pas de bêtes, il utilise le broyeur pour retirer les ronces, les herbes hautes, les fougères, comme sur la crête un peu plus haut. "Là, on voit la différence avec la clôture où c'est entretenu et où ce ne l'est pas. S'il n'y a pas eu de feu, c'est peut-être grâce à la coupure : mieux vaut prévenir que guérir."
Ce terrain bien rasé apparaît en jaune sur la carte des pompiers. "C'est l'atlas opérationnel qu'ont les pompiers, ça leur indique toutes les pistes au gabarit de leur camion et les coupures de combustible qui leur servent de ligne d'appui, détaille Carole Duperron, en charge de ces contrats à la société d'élevage des Pyrénées-Orientales. Toutes ces lignes d'appui sont sous contrat et entretenues par les éleveurs."
Il y a quelques années, une ceinture jaune continue existait. "Normalement, il y avait une continuité et maintenant, vous voyez, c'est plein de petits trous !", observe-t-elle. "En 2014, on avait 1 200 hectares de coupures entretenues par les éleveurs. En 2026, on en a plus que 350. On en a perdu 70%."
Car les fonds européens ont diminué, les revenus de Fabrice pour la coupure sont passés de 30 000 à 10 000 euros par an. "Ça devient de moins en moins intéressant. Ce sont des terrains difficiles, c'est pentu, note-t-il. Quand c'est boisé, il faut des jours et des jours pour faire de la petite surface. S'il y avait ces contrats avec plus de moyens, ça motiverait un peu plus les jeunes parce que c'est quand même difficile de s'installer ici."
Des acteurs privés proposent leur aide
Carole Duperron envisage de chercher des fonds privés. Et justement, pour lutter contre le recul de l'agriculture, certains acteurs privés proposent de mettre la main à la poche, comme Fabrice Rieu, président du syndicat du commerce des vins du Roussillon. Ses vignes, entourées de broussailles, ont été touchées par l'incendie. "Beaucoup de raisins ont été touchés par le goût de fumée et ne seront malheureusement pas récoltables cette année", pense-t-il.
Passé l'émotion, il propose un projet de ceinture pare-feu agricole, financé notamment par son syndicat et par la fédération de l'hôtellerie de plein air. "Tout le monde répondra présent, au moins pour initier le projet, poursuit Fabrice Rieu. On préfère qu'il y ait des gens qui vivent de leur travail comme les agriculteurs, qui entretiennent ces espaces tout autour, parce que c'est notre futur qui est en danger. La viticulture et le tourisme sont étroitement liés. Avec des paysages dévastés, notre tourisme pourrait en pâtir."
Il envisage une rémunération pouvant aller jusqu'à 1 500 euros l'hectare sur certaines parcelles pour une enveloppe de 15 millions d'euros par an au niveau du département. "Ce n'est pas cher payé par rapport aux centaines de millions d'euros que va coûter cet incendie", remarque-t-il. Et comme tous les interlocuteurs interrogés, il estime qu'il faut désormais prendre en compte le risque d'incendie à chaque nouvelle construction.




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